Médecin contrôle

Mémoire filante

Médecin contrôle

25 June 2019 Adulte 1
Violences

TW : viol, prostitution forcée

Hier après-midi, le médecin contrôle est passé au moment où j’étais sortie chercher mes filles.

J’ai passé le reste de l’après-midi à angoisser. Je devais me rendre à son cabinet le soir à 19h. Il s’agissait d’un contrôle pour vérifier qu’il est bel et bien légitime que je sois en arrêt maladie.

Lors d’un contrôle en septembre dernier, j’étais tombée sur un médecin atroce. Il m’a dit “ouais, vous avez été violée, mais, vous avez besoin de deux mois pour vous en remettre ?”

Sur le moment, je n’ai rien su répondre. Je suis restée scotchée. J’ai juste bégayé “13 ans de viols quand même”. “Oui, bon, mais, c’était avant. C’est fini maintenant”.

Oui, c’est fini.

Mais, non, ce n’est pas fini.

Les conséquences sont là, toujours bien présentes. Et le traumatisme ravivé au printemps 2018 continue à brûler intensément dans mon corps.

Depuis lors, j’ai aussi découvert qu’il ne s’agit pas de 13 ans, mais de presque 19 ans de viols. Les violences ont commencé bien plus tôt que je ne m’en souvenais.

Hier, donc, j’ai rencontré un nouveau médecin. Qui devait vérifier que j’ai de bonnes raisons d’être en arrêt. Un certificat délivré par une psychiatre n’est pas suffisant pour mon employeur. On ne sait jamais que je sois une fraudeuse.

Hier, j’ai du, à noveau, déballer mon histoire. Dire plus que ce que je n’étais capable de dire pour expliquer pourquoi je vais mal. Parler des violences, des viols, de la prostitution que ma mère m’a forcée à faire à un âge où je n’étais même pas capable de comprendre de quoi il s’agissait. Le regard dur du début d’entretien qui se change en regard de compassion, puis en pitié. Le papier signé rapidement pour que cesse cette histoire bien trop violente à entendre. (“Je vous crois, madame, vous n’êtes pas obligé de tout me dire.”) La tristesse dans le regard de celui qui comprend qu’il ne pourra pas faire grand chose pour la personne en face de lui, qui se tait et pleure en silence.

J’en peux plus de ces contrôles réguliers qui me bouffent et me font tellement de mal.

Hier soir, je me suis dispersée en mille éclats de moi. Puis, mon chéri m’a aidée à remettre les morceaux pour faire bonne figure devant mes enfants.

One Response

  1. Isabelle says:

    Dans ton malheur tu as la chance d avoir un homme solide et compréhensif à tes côtés (en plus de tes deux têtes blondes évidemment)

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