La dissociation

Mémoire filante

La dissociation

27 June 2019 Adulte Mémoire traumatique 3
Violences

Je ne prétends pas être spécialiste professionnelle de la dissociation. Je suis seulement une spécialiste de sa mise en pratique.

La dissociation s’esprime de plein de manières différentes et nous le faisons tous et toutes. Mais, les victimes de mémoire traumatique utilisent (inconsciemment, le plus souvent) cette technique bien plus régulièrement et pour éviter de souffrir.

Ainsi, mon corps et moi, nous sommes deux. Mon corps et ses sensations, d’un côté, mon esprit de l’autre. Je peux me couper totalement de mon corps, si besoin. C’est comme ça que j’ai aggravé un certain nombre de blessures car je n’y prête aucune attention (même si la douleur est forte). De la même manière, il est rare que j’aille faire pipi avant que ma vessie ne soit pleine à exploser, quand le corps ne peut plus se retenir. Parce que je ne sens pas l’envie de faire pipi. Idem pour la faim. Il m’a fallu de longues heures de travail sur mes sensations alimentaires avant de pouvoir enfin ressentir la faim.

Je peux aussi être présente sans être vraiment là. Par exemple, j’ai été présente à mon mariage. J’ai fait de grands sourires et nous avons de belles photos. J’ai aussi parlé à un tas de gens de choses totalement superficielles. Mais, je n’étais pas vraiment présente. L’émotion était trop grande, cela me faisait trop mal. Alors, j’ai dissocié. Evidemment, ce n’est que des années plus tard que j’ai compris ce qui s’était joué.

Aujourd’hui, j’essaie de mettre de la conscience dans la dissociation. Parce que j’ai deux enfants merveilleuses et que je ne veux pas leur faire porter trop le poids de mes souffrances.

Alors, je travaille mon passé en leur absence et je me connecte à mes émotions. Puis, j’essaie tant bien que mal de me dissocier de tout ça pour être là avec elle. Quand c’est trop difficile, je me plonge dans une série. Netflix est mon amie.

Mon gros challenge est d’arriver à éloigner les émotions difficiles de ma vie quotidienne sans me perdre totalement. Pour le moment, je n’y arrive pas vraiment. Heureusement, mon chéri prend beaucoup la relève.

Je me rends compte, aujourd’hui, que sans cette dissociation, je n’aurais pas pu survivre. Une partie de moi a eu assez d’amour pour moi-même pour me protéger en usant de la dissociation. Je voudrais recontacter cette partie de moi, pour apprendre à m’aimer et à me respecter.

3 Responses

  1. Sarah says:

    J’admire beaucoup ton cheminement, et trouve merveilleux que tu permettes par ton témoignage des prises de conscience chez d’autres.

  2. Isabelle says:

    Mon Raf a coulé une chape en béton sur son traumatisme… son imagination étant pire à un moment donné de sa vie, on a essayé plusieurs méthodes mais rien n y fait….c est encore trop douloureux pour être soulevé 21 ans après….
    Il est fragile, cassé et en même temps rempli de colère.
    Mais je veux continuer à faire confiance en la vie et en ses beaux côtés sinon il y a 21 ans j aurais été auteur d une infanticide par Amour suivi d un suicide….
    Te lire me donne de l espoir

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