35 ans

Mémoire filante

35 ans

30 August 2019 Non classé 1
35 ans

Voilà 35 ans que je suis sur terre. Enfin je triche un peu. Je suis née à 17h. Ou 19h. La version de ma génitrice a relativement varié sur le sujet.

Il y a 35 ans, je poussais mon premier cri dans les bras de mon arrière-grand-mère, cette femme formidable qui a été mon pilier durant toutes ces années de violence. Cette femme qui est restée présente, comme un phare dans la tempête. Voilà vers qui mes premières pensées vont quand je pense à ma naissance.

Il y a 15 ans, elle rendait son dernier souffle. Mes anniversaires n’ont plus la même saveur depuis.

Une autre femme importante me vient alors tout de suite à l’esprit. B. La maman de S, ma meilleure amie d’adolescence. Cette femme m’a prise sous son épaule. Depuis mes 11 ans, elle organisait, chaque année, mon anniversaire dans sa petite maison de Jette, avec mes amies. Un vrai moment de fête. C’est grâce à elle, aussi, que j’ai souvent évité de dormir sous les ponts, lorsque j’étais à la rue.

Et puis, je pense aussi à mon papa. Qui n’avait aucune mémoire des dates et qui n’a pas forcément souhaité mon anniversaire chaque année le bon jour. Mais qui m’aimait profondément. J’espère que, de là-haut, il est fier de la femme que je suis devenue.

Alors, je me pose sur le présent.

J’ai 35 ans. Des petites rides au coin des yeux. Des cheveux blancs qui parsèment ma tête presque noire. Je regarde mes enfants, si belles, en train de dormir du sommeil du juste malgré l’écrasante chaleur. J’observe mon mari endormi lui aussi en plein milieu de sa lecture. Mon chat rêvasse au pied du lit et mon chien geint dans son sommeil. Sans doute rêve-t-il qu’il court au milieu des champs avec ses copines les vaches (celles du voisin).

Je regarde mon corps. Si étranger et familier en même temps. Je n’aurais jamais cru qu’il aurait cette forme-là, adulte. Ce poids, ces kilos. Je ne les reconnais pas. Et pourtant, ils sont miens depuis de bien longues années. Ce corps difforme m’accompagne dans toutes mes aventures des plus douloureuses aux plus merveilleuses. Et, malgré tous ses défauts, il est là, vaillant et fier. Je me surprends alors à l’aimer un peu, ce corps bizarre.

Pour la première fois, je ne recevrai pas de message d’anniversaire de ma génitrice. Sauf si elle outrepasse encore mon avertissement et qu’elle envoie son message à mon mari. Car malgré toute cette violence, malgré la distance, bien que j’ai fermé toutes les portes et coupé tous les ponts, elle s’obstine, années après années à m’écrire toujours le même message, absurde, tant il semble presque normal. C’est ainsi que se marque la folie de ma mère : vivre dans un semblant de normalité malgré l’horreur.

Aujourd’hui, j’ai 35 ans. Je connais enfin mon histoire. Je sais d’où je viens. Je pense savoir où je veux aller même si les choses sont encore incertaines, parfois. Mon avenir se dessine, plus concret et solide que jamais.

Je sais que, dans les mois qui viennent, j’aurai encore des épreuves lourdes à traverser. Mais, je sais, également, que je les surmonterai. Comme j’ai surmonté toutes les autres avant.

Tout doucement, une page se tourne.

Aujourd’hui, comme hier, c’est le premier jour du reste de ma vie. Et elle sera sacrément belle, cette vie. J’y suis bien décidée !

One Response

  1. Isabelle says:

    C est tout le bien que je te souhaite….tu es une femme guerrière malgré toi, tu as cette résilience en toi qui te permets d avancer….tu es un pilier à ton tour, celui de tes filles en tout cas, mais sûrement pour d autres personnes aussi.
    Passe une belle journée et un beau we, le soleil est de la partie
    Bizzzzz

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *