Ses mains

Mémoire filante

Ses mains

30 December 2019 Enfance Mémoire traumatique 1
ses mains

TW : description d’un viol – A ne pas lire si le sujet vous touche. Vraiment.

***

Il est tard. Je suis couchée dans mon lit.

Enfin, “lit” est un bien grand mot : un matelas moisi au sol, avec des couvertures. Dans une pièce avec une ampoule qui pend au plafond.

Dans la pièce d’à côté, qui me sert de salon, toutes les lumières sont éteintes.

Les rats préfèrent l’obscurité, ai-je remarqué. En gardant ma lumière allumée, j’ai plus de chance d’éviter une rencontre nocturne non souhaitée.

Je squatte dans ce grenier depuis plusieurs semaines, maintenant. J’ai arrêté de compter…

Dormir avec la lumière allumée est difficile. Surtout en entendant les rongeurs bâtifoler dans l’autre pièce. Mais, le sommeil me manque cruellement et je finis par m’assoupir d’épuisement.

Une clé entre dans la serrure.

Merde, j’ai oublié de laisser ma clé sur la porte.

Il rentre. J’entends son pas qui s’approche de moi.

Obstinément, je garde les yeux fermés. Je m’astreins à respirer le plus calmement et régulièrement possible afin de ne pas trahir la vérité : je suis réveillée. Pour rien au monde, je veux qu’il le sache.

Je me concentre sur ma respiration. Peut-être veut-il prendre un bout de tuyau ou tout autre matériau indispensable à 2 heures du matin dans sa tête malade.

Mais, à son pas et à son souffle, je sais que ce n’est pas l’objet de sa visite. Ma respiration se coupe d’angoisse. Mais, je me concentre à nouveau pour la rendre régulière. On ne sait jamais. S’il croit vraiment que je dors, peut-être changera-t-il d’avis ? C’est déjà arrivé quelques fois.

Je l’entends ôter ses chaussures. Je sais qu’il n’y aura pas de retour en arrière possible. Il enlève sa veste et s’allonge derrière moi.

Mes mains sont crispées sous mon oreiller. Je continue à me fixer sur ma respiration.

Respire lentement, Tayiam. Régulièrement. Pour qu’il croit que tu dors.

Cette pensée devient obsédante.

Respire.

Je sens sa main sur ma hanche. Il cherche le contact sous les couvertures.

Je me fige. J’arrête de respirer. Je ne veux pas. Je ne veux pas être ici. Je veux mourir. Je veux disparaître.

Je me fige. Plus aucune parcelle de mon corps ne réagit.

Ses mains me caressent.

Je le hais. Je le vomis.

Je sens son souffle.

Un porc qui s’essouffle. Voilà l’image qui me vient.

Ses mains continuent leur parcours.

Il s’en fiche bien de ce que je ressens. C’est son plaisir qu’il assouvit.

Il frotte son sexe contre mon corps. Je le sens gonfler.

Je ne veux pas. Je refuse d’être là.

Mon esprit s’en va loin de cette pièce. Mon corps et mon âme se séparent. Une fois de plus.

Je refuse de savoir ce qui va se passer. Ce que mon corps va supporter. Je m’enferme en moi-même. Je disparais dans ma propre conscience.

Il continue son affaire, bien trop occupé à son plaisir.

Sa peau, son sexe, mon corps. Il me sodomise. Peut-être me pénètre-t-il aussi par devant.

Je ne sais pas. Parce que je ne veux pas savoir. Je ne veux pas que ce moment existe. Je veux disparaître.

Mais, pourquoi je suis là, bordel ? Pourquoi je n’ai pas le pouvoir de disparaître ? Je veux tellement mourir.

Et me voilà seule à nouveau. Il a remis ses chaussures, enfilé sa veste et est reparti comme il est venu.

Aucun mot n’a été échangé.

Je suis seule, accompagnée de ces rongeurs innocents et exécrables.

Demain, j’ai examen. Si je le rate, je rate mon année scolaire.

Pourtant, je suis incapable d’aligner deux pensées correctes. Je lis et relis des notes inintelligibles. Mais, cela n’empêche pas mon cerveau de ressasser. Alors, je fuis dans le sommeil. Un sommeil agité. Un sommeil qui ne répare rien. Un sommeil qui rend tout cela irréel. Un sommeil qui me permet de croire que ce n’est pas arrivé.

Au réveil, je m’habille. J’ai oublié. Je me rappelle sa présence, hier soir. Mais, rien d’autre. J’ignore même quand il est sorti.

Je saigne un peu. Pourtant, je n’ai pas mes règles. Ah ! Cette pilule ! Le docteur m’avait dit qu’on pouvait saigner parfois, même en dehors des règles, avec la pilule. Ca doit être ça.

La journée est irréel. Des années que cela dure et pourtant, je ne m’y habitue pas. Peut-on s’habituer à ça ?

Je rate lamentablement mon examen que j’avais pourtant étudié sur le bout des doigts. Je ne suis jamais bonne à rien le lendemain de ça.

“Ca”.

Je ne peux pas nommer “ça”. C’est trop dur. Alors, j’arrête d’y penser. De toute façon, personne ne me croira. Personne ne me croit jamais…

One Response

  1. Carouan says:

    😯😥😔

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