Se victimiser

Se victimiser

« Arrête de te victimiser »

Lorsque j’ai essayé de parler à des proches, j’ai souvent entendu cette phrase.

« Arrête de te victimiser »

Je ne me victimise pas.

Je suis une victime. Je ne l’ai pas choisi. J’aurais préféré ne pas l’être. Si j’avais eu le choix, vraiment, j’aurais choisi une vie sans violence. Sans cette violence-là, du moins.

Mais voilà. Je n’ai pas vraiment eu le choix, m’voyez.

« Arrête de te victimiser »

Cette phrase, je l’ai surtout entendue dans la bouche de celles et ceux qui étaient trop mal à l’aise d’entendre mon histoire.

En réalité, cette phrase serait plutôt synonyme de « arrête de parler ».

« Arrête de dire des choses tellement difficiles à entendre que je préfère croire que tu mens parce que je ne veux pas vivre dans un monde où des enfants vivent de telles violences ! »

ou encore

« Arrête de dire des choses qui me renvoient à ma propre histoire et dont je suis incapable de parler. »

Les victimes de violence se trouvent souvent confrontées à cette injonction au silence. Accompagnée de cette autre injonction : « Si c’était vrai, tu en aurais parlé ».

Cette injonction paradoxale est difficile à vivre et ajoute à la difficulté des victimes de parler.

Mais une chose est sûre : les victimes ne se victimisent pas. Elles sont victimes. Et ce n’est pas un choix.

Et souvent, elles ont honte d’être victimes. Elle n’osent pas parler parce qu’elles ont honte de ce qu’elles ont vécu. (Quand elles se souviennent et comprennent la gravité des faits).

Et quand elles prennent enfin le courage de parler, on leur renvoie une image encore plus dégradante : la victimisation.

Moi, je n’ai plus honte de ce que j’ai vécu. J’en parle. Pas pour me victimiser. Spoiler alert : je SUIS une victime, je n’ai vraiment pas besoin d’en rajouter.

Mais, autre spoiler alert : les victimes sont bien plus fortes qu’on ne se l’imagine. C’est grâce à leur force qu’elles sont encore en vie et capable de parler des violences qu’elles ont vécues.

Se victimiser n’a aucun sens.

Mais, être reconnue en tant que victime, c’est précieux.

Une des raisons de mon écriture de ce blog, c’est qu’on me reconnaisse le statut de victime. Pas de pauvre petite chose fragile et incapable de faire quoi que ce soit. Mais, comme l’enfant puis la femme forte et puissante qui a su surmonter cette horreur. Comme cette adulte en partie brisée qui a su se reconstruire.

Pas pour attirer la pitié. Mais, pour attirer la reconnaissance de mes actes. Pour qu’on arrête de me juger sur mes comportements parfois inadéquats mais inhérents à mon vécu.

J’ai mis longtemps à oser le dire. Mais, ces derniers mois, je me suis rendue compte que cette attente était commune à de nombreuses victimes/survivant-es. Je ne fais guère exception.

Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui se joue derrière : briser le silence qui nous entoure.

Je ne veux plus me taire. Je ne veux plus qu’on me réduise au silence.

Tu veux penser que je me victimise ? Pense-le. Je sais, moi, que je suis victime quoi que tu penses et quoi que je fasse : que je me taise ou que je parle.

Mais, parler ouvre la voix à d’autres victimes/survivant-es. Et m’aide à avancer dans mon chemin de guérison. Parler me permet de sortir de l’enfermement du statut de victime et d’entrer dans celui de survivante.

Parler et être entendue.

Ecrire et être lue.

Le silence est assourdissant. Cessez de faire taire celles et ceux qui se confient à vous. Ecoutez-les. Même si c’est difficile. Dites -leur « je te crois ». Dites-leur « je te lis ».

Ne laissez pas le silence gagner.


2 réponses

  1. Eva dit :

    Je te crois. Moi aussi

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