Petits bonheurs

Petits bonheurs

Vous émergez doucement de votre rêve aussi absurde que délicieux : vous étiez en train d’installer un jaccuzzi en lieu et place de votre siège de bureau et une équipe sécurisait les ordinateurs pour éviter tout court-circuit.

L’heure sur votre réveil indique 7h23. Dans 7 minutes, l’alarme se déclenchera. Inutile de replonger dans le monde des rêves.

Vous saisissez votre téléphone et faites défiler le fil d’actualité de votre réseau social favori.

Les nouvelles sont ternes et monotones. Rien de drôle ou d’un peu surprenant. Pas de photos ou d’infos croustillantes de vos amis.

Vous vous levez et vous dirigez vers la salle-de-bain pour vos ablutions matinales.

Déjà vous entendez les voix fluettes de vos filles en train de refaire le monde, dans leur chambre. Elles sont donc éveillées. Parfait.

En entendant le bruit que vous faites dans la salle-de-bain, elles arrivent en courant pour vous entourer de câlins.

Chacune, vous continuez votre train-train quotidien.

Bientôt, vous êtes fin prêtes. Il ne vous manque que le repas de midi de vos deux têtes plus tout-à-fait blondes.

Qu’importe. La boulangerie est à deux pas de l’école et propose de délicieux sandwich.

Vous enfilez votre veste, celle que vous avez achetée hier et dans laquelle vous vous sentez incroyablement féminine.

Vos filles vous suivent et voilà votre cortège en train de papoter joyeusement sur la route de la boulangerie.

Arrivée sur place, évidemment, une troupe de gens s’engouffrent dans les lieux juste avant vous. Vous sentez un petit moment de panique, mais un coup d’oeil sur l’heure vous rassure. Il vous reste encore dix minutes avant l’heure fatidique.

La boulangère est rapide. C’est bientôt votre tour. Mais, soudain, la boulangère est beaucoup moins rapide. Elle observe un gars occupé à réparer ce qui semble être une machine dans laquelle on peut payer en argent liquide. Vous n’aviez jamais fait attention à ça. Vous avez tellement pris l’habitude de payer par carte bancaire.

Votre attention se reporte sur la boulangère qui continue à préparer vos deux sandwichs, l’air absente, toujours obnubilée par le monsieur.

Elle lui pose deux ou trois questions auxquelles vous ne prêtez aucune attention. Le stress monte un peu. Les aiguilles de l’horloge tournent. Encore six minutes.

Voilà. Les sandwichs sont sur le comptoir. Mais, la boulangère ne semble pas pressée d’encoder votre commande pour vous la facturer.

Devant votre air stressé (mais poli), elle vous explique que la machine est en panne et que le monsieur la répare. Mais que cela a réinitialisé la caisse. Et donc, il faut attendre qu’il ait fini pour rallumer la caisse et payer.

Vous sentez votre sang disparaître en un coup de votre visage.

Vos filles seront en retard. Première fois que vous les conduisez à l’école depuis le début de cette année scolaire et elles seront en retard.

Votre cerveau turbine à mille à l’heure. Que faire ?

Il y a une place à traverser pour arriver à l’école. Une place sans voiture. Mais, après, elles doivent traverser la rue devant l’école. Cependant, un monsieur assure la sécurité de la circulation.

En une fraction de secondes, vous vous décidez.

« Les filles, vous vous donnez la main et vous allez à l’école. Vous êtes prudentes, je vous fais confiance. Je vous rejoins dès que j’ai payé. Prenez déjà vos sandwichs. Ca va aller ? »

Vos filles sont surexcitées par le sentiment de liberté qui les étreint à ce moment. Elles vont aller seules à l’école, comme des grandes. Vous rappelez les consignes de sécurité.

Et les laissez partir, toutes joyeuses, vers l’école.

Vous, vous sentez votre coeur se serrer. Vous êtes morte de trouille.

Heureusement, la réparation touche déjà à sa fin. Encore un peu de patience et vous pouvez payer.

Vous vous dirigez alors en toute hâte vers l’école.

Mille scénarios-catastrophe se bousculent dans votre tête. Heureusement, vous n’avez pas le temps de leur accorder trop de crédit car la cour de l’école se profile déjà devant vous. Et vous repérez rapidement vos deux précieuses en pleine discusson avec leurs amies dans leurs rangs respectifs.

Vous vous appuyez sur un muret et les regardez avec un amour infini. Vous adorez ces petits moments volès où vous pouvez observer vos filles dans leurs interactions avec le monde extérieur. L’instant passe rapidement car elles croisent votre regard et vous envoient plein de coeur avec les doigts, à la façon drama coréen.

Elles entrent bientôt dans leurs classes respectives et vous reprenez doucement le chemin de la maison. Vous vous sentez légère. Et adulte.

Avec votre veste magnifique. Et le sentiment du devoir accompli.

Vous vous arrêtez quelques instants pour savourer le moment présent.

Ces moments de petits bonheurs simples sont précieux. Vous l’avez appris.

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